Hygiène, infections, maladies nosocomiales
Le classement 2007 des hôpitaux les plus sûrs
LEXPRESS.fr du 17/01/2007
Vincent Olivier et Estelle Saget. Enquête statistique: Pierre Falga.
Il y a d'abord eu le scandale de la Clinique du sport, puis l'affaire Guillaume Depardieu. Depuis, les Français ont découvert les maladies nosocomiales. Chaque année, plus de 750 000 personnes sont touchées par l'une de ces infections contractées à l'hôpital. 4 000 en meurent. Des solutions de bon sens existent pourtant, comme le lavage des mains, la formation du personnel ou le respect des procédures de stérilisation. Reste que le monde médical n'aime pas communiquer sur ces questions. C'est dire l'importance du classement que publie L'Express cette semaine, à partir des chiffres du ministère de la Santé. Un moyen simple de savoir si la clinique ou l'hôpital le plus proche de chez vous combat efficacement les maladies nosocomiales.

Elles font peur à tout le monde. Touchent indifféremment jeunes et vieux, riches et pauvres. Se traduisent parfois par des décès, souvent par des complications; et engendrent toujours, même bénignes, un sentiment d'injustice. Ce sont les infections nosocomiales (IN), ces maladies contractées par un patient pendant son séjour à l'hôpital.

Tout a commencé en 1997, avec un premier scandale, d'ampleur nationale, à la Clinique du sport à Paris. Matériel à usage unique réutilisé, procédures de stérilisation défaillantes, rinçage des instruments mal effectué: au total, 58 patients opérés du dos furent infectés par la bactérie xénopi. Treize plaintes furent déposées, et cinq personnes mises en examen pour une instruction close… en décembre 2006. Entre-temps, les germes se sont multipliés, les affaires aussi. De la légionellose à l'hôpital européen Georges-Pompidou à Paris, en 2001, au clostridium difficile repéré dans le Nord l'année dernière (près de 400 cas, dont 22 morts) en passant par le staphylocoque doré de l'acteur Guillaume Depardieu, qui lui valut l'amputation de sa jambe en 2003, après 17 interventions. «Avec mon nom, disait-il alors, je suis un accélérateur du temps.» Et, de fait, c'est en partie grâce à lui que le gouvernement annonçait enfin, cette année-là, sa volonté de publier une sorte de «tableau de bord» des IN.

L'enjeu est d'importance: 750 000 personnes sont touchées chaque année. 4 000 en meurent. Le coût est estimé à 200 millions d'euros environ. Et pourtant! Près de 30% des infections sont évitables, parfois grâce à de simples gestes d'hygiène. C'est dire l'intérêt du classement que nous publions. Il donne de bonnes indications sur les moyens mis en œuvre pour limiter les risques, même si les résultats ne constituent pas un gage absolu de sécurité pour les meilleurs hôpitaux - ni l'assurance d'une catastrophe, d'ailleurs, chez les plus mauvais.

Rendu public pour la première fois en 2006 par le ministère de la Santé en fonction d'un critère appelé Icalin, ce palmarès réactualisé s'est enrichi cette année d'un deuxième indice: la consommation de solutés hydro-alcooliques (SHA), c'est-à-dire des «savons» médicaux que l'on peut aussi trouver en pharmacie sous forme de gels antibactériens. Vérifier que médecins et infirmières se lavent correctement les mains… Cela vous semble basique? Aberrant? Détrompez-vous: alors que, de l'avis de tous les experts, la majorité des IN sont transmises par un simple contact manuel, les règles d'antisepsie les plus élémentaires ne sont pas toujours respectées.

Ainsi, selon une étude menée en 2005 par le Centre de coordination de lutte contre les infections nosocomiales (CClin) de la région Sud-Ouest auprès d'une trentaine d'établissements, publics et privés, 53% seulement des personnels soignants se lavent les mains avant et après avoir accompli un acte de soins - un progrès néanmoins, puisqu'ils n'étaient que 41% en 1999! Plus grave: dans les services à hauts risques comme la réanimation, près de 1 personne sur 5 n'applique pas les consignes. Les plus consciencieux? Les infirmières et les aides-soignants. Les plus désinvoltes? «Les brancardiers, mais aussi… les médecins et les chirurgiens», avoue le Dr Pierre Parneix, responsable de ce CClin et membre du groupe d'experts pour le ministère. Pour expliquer semblable négligence, il invoque pêle-mêle «le manque de temps, la pression trop forte pour tous et, chez les praticiens, une formation très insuffisante en matière d'hygiène: à peine quelques heures sur des années d'études». Mais il admet aussi que tous ces facteurs ne sauraient «en aucun cas constituer une excuse valable».

Heureusement, les choses changent. Et pas seulement dans le Sud-Ouest. En 2005, 14% des établissements avaient refusé de répondre au questionnaire envoyé par les autorités de tutelle et ne pouvaient donc être intégrés dans le premier classement officiel. Cette année, ils sont à peine 3% et le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, espère bien obtenir 100% de réponses en 2007. «Pour la première fois, les réticences commencent à s'estomper, note Pierre Parneix. Des médecins, des hôpitaux acceptent de se comparer les uns aux autres. C'est déjà un bouleversement culturel majeur. Allez donc demander cela à des enseignants ou à des juges…»

L'intérêt d'un tel suivi, année après année? Au-delà de ces batteries d'indices abscons pour le profane, il s'agit de repérer, le plus rapidement possible, les situations à risques. Depuis 2001, les établissements doivent d'ailleurs obligatoirement signaler aux autorités de santé les situations «rares ou graves». Près de 10 000 IN entrant dans cette catégorie ont ainsi été déclarées en cinq ans, selon une étude du Bulletin épidémiologique hebdomadaire du ministère de la Santé. La France est donc entrée dans un cercle vertueux. C'est d'ailleurs l'avis d'Alain-Michel Ceretti , fondateur de l'association Lien (Lutte, information, étude des infections nosocomiales), qui organise, les 8 et 9 février prochain à Paris, les premiers états généraux sur ces questions. Mais il ajoute: «Il faudrait maintenant songer à faire évoluer les pratiques. Or, tant que les pouvoirs publics se refuseront à valoriser les bons et à sanctionner les mauvais, cela restera un vœu pieux.» Valoriser? Sanctionner? Mais comment? Diminuer les crédits d'un hôpital, c'est prendre le risque qu'il travaille encore plus mal. A l'inverse, lui accorder des moyens supplémentaires revient à l'encourager à continuer dans la mauvaise voie. Dilemme…

Que faire alors? D'abord, donner à ces chiffres toute la publicité qu'ils méritent, comme le fait L'Express aujourd'hui. Déjà, d'une année sur l'autre, les trois quarts des établissements se sont améliorés, preuve que l'idée même d'un classement induit bien un effet d'émulation. En outre, une partie du budget de fonctionnement pourrait être soumise à conditions - par exemple à des actions de formation du personnel. Enfin, pourquoi ne pas interpeller le président du conseil d'administration de l'hôpital, c'est-à-dire le maire? «A la logique économique - ne touchons pas au premier employeur de la ville... - il faut substituer la logique sanitaire», lance Loïc Ricour, directeur de la mission Idmin (Information et développement de la médiation sur les infections nosocomiales). Créée en mars 2006, l'Idmin totalise déjà plus de 5 000 appels (1), preuve des attentes du public sur cette question.

Et puis, surtout, il faudrait «sortir de la culture de la culpabilité et du non-dit pour entrer dans celle de l'erreur qui fait progresser», note Alain-Michel Ceretti. Un exemple? «Depuis des années, chacun sait que l'épilation d'un patient avant une intervention est préférable au rasage - dangereux en raison des microcoupures qu'il provoque. Or, à ce jour, ce dernier est "non recommandé"… mais toujours pas interdit! En clair, il n'est susceptible de sanctions que s'il y a un problème par la suite. Et comme on ne trouve pas de crème dépilatoire à l'hôpital…» Le ministre de la Santé a beau jurer que les comportements évoluent, que la transparence finira par payer, les infections nosocomiales n'ont pas fini d'occuper médias, médecins et politiques.

(1): Idmin: 0-810-455-455 (prix d'un appel local), du lundi au vendredi de 9 à 18 heures.

le 19/01/2007, l'Hôpital Suisse de Paris, classé 2ème Hôpital le plus sûr de France (317 établissements de moins de 300 lits) selon "L'EXPRESS".


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